Une famille te demande d'intégrer son enfant en situation de handicap dans ton unité ?

En tant qu’animateur, tu es partagé entre le souhait d’accueillir cet enfant et la peur de ne pas y arriver. Ces peurs ou appréhensions peuvent être un moteur et accueillir cet enfant devient alors un défi à relever.

Toutefois, cela ne peut se faire à la légère, mais doit être mûrement réfléchi. Tous les animateurs ne connaissent pas en profondeur les conséquences d’une déficience dans les loisirs et la vie quotidienne. Et tous les parents ne connaissent pas le scoutisme. La seule solution ? La rencontre !

Le moteur d’une intégration est un partenariat entre l’ensemble des acteurs impliqués : staff, enfant, parents ou le service social de soutien de la famille (association, assistant social, logopède, etc.). C’est une volonté d’équipe.

Cela ne signifie pas que toutes les peurs doivent être aplanies, mais il est important que chacun puisse les exprimer. C’est normal de se poser des questions, de ressentir des peurs, d’avoir des a priori.

La rencontre de toutes les parties avant la décision finale du staff, en accord avec le conseil d’unité, permet de cerner la réalité de la situation pour les réunions scoutes.

C’est en conseil d’unité que le projet se réfléchit et que la décision se prend. Pourquoi ?

Tout simplement parce que le jeune ne va pas rester un an dans ton unité mais plusieurs années et va monter avec les autres scouts de section en section.

Comme pour tous les enfants, le projet d'intégration s'envisage dans la continuité.

De plus, discuter de ce projet en CU permet à tous les animateurs de faire le point sur leur animation, de prendre en compte petit à petit l’arrivée de ce scout un jour dans sa section. Même si le staff change ou qu'un passage s'effectue vers un autre groupe, il faut essayer de se mettre d’accord pour assurer la continuité du parcours de l’enfant au sein de l'unité.

Le projet d’intégration se passe comme un héritage de staff en staff, d’animateur d’unité en animateur d’unité… il peut ainsi devenir une culture d’unité.

Dire : "accueillir cet enfant en situation de handicap, ce n'est pas possible pour mon staff" sans jamais avoir rencontré l'enfant en question, c'est comme dire : "j’aime pas les épinards" alors que tu n’as même pas goûté.

Ce n’est pas parce que tu auras posé des questions aux parents, à l’assistante sociale ou directement au jeune que ton staff sera partant et prêt pour cet accueil. Il y a tout un cheminement avant de dire : "Oui, viens à une première réunion".

Lors de la rencontre avec les parents, les animateurs peuvent demander s’il est possible que l’enfant ou le jeune soit présent. Il est acteur de sa vie. Le plus souvent, il est conscient de son handicap. Si le staff requiert cette présence, il pose un geste de reconnaissance.

Le (futur) scout compte dans le projet d’intégration, il en est le principal acteur. Peut-être  a-t-il aussi des questions sur les activités scoutes. Plus il approche de l’adolescence, plus cette découverte a de l’importance.

De quoi pourrais-tu parler ?
  • les jeux, les activités qu’il aime, ce qu’il n’aime pas
  • les personnes auxquelles il tient
  • son sommeil
  • son alimentation et sa manière de manger
  • sa résistance au froid
  • son sens de l’équilibre
  • ses éventuels problèmes de déplacement
  • ses besoins médicaux
  • ses réactions quand quelque chose lui résiste
  • les choses auxquelles il faut être vigilant
  • ce qu’il a le plus de mal à  faire
  • mais surtout tout ce qu’il sait faire !

Pour préparer les questions pour la rencontre, tu peux consulter le Carnet de bord de l'intégration ou le guide de Badje ASBL, Oser la différence, p. 24-25.

Stop ou encore

Il est important de tenter de comprendre au mieux la famille et d’envisager avec elle tous les aspects du projet d’intégration. C’est à vous ensuite de faire la part des choses et d’examiner en toute objectivité la situation.

Lors de cette rencontre, n’hésitez pas à présenter le scoutisme, les valeurs pédagogiques qu’il véhicule, comme toute première rencontre avec des parents qui veulent mettre leur enfant chez les scouts !

Après cette première entrevue, si elle vous rassure, propose une première réunion (ou deux-trois) pour essayer, pour voir en pratique, sur ton terrain d’animation si l’enfant se sent bien, si ton staff se sent à l’aise, si le reste du groupe est partant.

Enfin, vous pouvez évaluer et donner une réponse. Stop ou encore.

Toute cette réflexion, ces rencontres, ces essais se renouvellent à chaque demande. Tous les enfants sont différents, tous les projets d’intégration sont uniques.

Vous êtes prêts, en staff, à accueillir un jeune porteur d’une déficience. Mais ta section, est-elle prête ? Faut-il toujours préparer et prévenir les autres scouts ?

C’est sympa de leur donner une petite activité en la matière, quelques phrases, quelques jeux ; mais sans faire trop de vagues autour de cette question du handicap et en mettant l’accent sur "une nouvelle copine va arriver, elle marche et parle de façon un peu différente mais à part ça, elle n'est pas si différente".

Si la déficience du jeune que tu vas accueillir est assez importante, interpellante, prends le temps de préparer ce moment d’accueil avec les scouts de ta section.

L’attitude des autres scouts envers l’enfant différent a une grande influence sur l’interaction qui va s’instaurer. Souvent, le handicap est à l’avant-plan dans la première rencontre. Pour enlever au handicap son aspect inconnu, étrange, voire mystérieux, il s’agit tout d’abord d’informer les scouts sur le handicap en question. 

Un enrichissement pour ta section

Cette information doit bien sûr être complétée par des réflexions concrètes. Comment faire en sorte que l’enfant en situation de handicap puisse participer à tel jeu, telle aventure ou telle activité ?

Il est judicieux de faire des autres scouts de la section des alliés dans la démarche d’intégration. Si les animateurs véhiculent un certain enthousiasme. S’ils avancent l’idée que l’accueil du jeune sera un enrichissement pour la section, la partie est déjà à moitié gagnée.

Les explications sur le handicap et ses conséquences doivent être pratiques. Pour cela, les animateurs peuvent  suggérer quelques pistes sur la manière de surmonter certaines difficultés. Ensuite, ils peuvent réfléchir eux-mêmes en petit groupe.

Comme pour tous les enfants de ta section, le dialogue avec les parents est primordial. Cela permet de leur présenter ce qui est proposé à l’enfant, mais aussi de comprendre ses besoins et de les prendre en compte.

Les parents sont les personnes qui connaissent le mieux l’enfant au quotidien. Ils ont un fameux parcours de vie aux côtés de celui-ci. Ils ont connu des difficultés et de bons moments. Le regard des autres en fait partie. S’ils ont pris contact avec vous, c’est parce qu’ils ont l’intuition de pouvoir proposer à travers le scoutisme, un loisir différent et une possibilité de rencontrer d’autres enfants. Même s’ils sont prêts à parler de sa déficience ou de sa situation de handicap, la démarche n’est pas toujours évidente.

Comme tous les parents, ils peuvent éprouver des appréhensions à l’idée de confier leur enfant à "des inconnus". Cette première rencontre va permettre d’évoquer tout cela, de faire connaissance.

Ensemble, en cours d’animation, vous pouvez tenir un carnet de route, il vous servira de lien entre les différents lieux de vie du jeune. En soi, il faudrait y aborder régulièrement les aspects suivants : la motricité, la communication, le social, l’alimentation, l’hygiène et le médical, et finalement le comportement en général (compétences, évolutions, difficultés).

Les grandes questions

Le risque est grand que le scout en situation de handicap monopolise l’attention d’un ou plusieurs animateurs. Il est compréhensible qu’il tire avantage de cet élan autour de sa personne. Alors dès le départ, ayez en tête quelques petits réflexes :

  • Le scout en situation de handicap est capable de se débrouiller seul pour toute une série de choses. Soyez juste attentifs à ce qu’il y ait une personne pour répondre à ses demandes explicites d’aide. Souvent une personne est suffisante.
  • Il est préférable d’organiser un tour de rôle entre les animateurs qui s’occupent de ce scout. Même si le contact passe mieux avec un des animateurs et qu’il lui sert de référent. De cette manière, ce dernier ne s’essoufflera pas. Et le scout en situation de handicap pourra faire l’apprentissage de relations différentes, même si certaines semblent moins spontanées.
  • N’hésitez pas à mettre dès le départ les autres scouts dans le coup. Sans les forcer et sans que ce soit systématiquement les mêmes.
  • Si, malgré tout, le scout monopolise un ou plusieurs animateurs, il ne faut pas hésiter à lui parler : expliquer la vie de la section, le droit de chacun de bénéficier d’écoute et d’attention. Il comprendra   très certainement que chez les scouts, les choses peuvent se passer parfois différemment.

Ton staff peut demander un coup de main des autres membres de la section. Mais attention à ne pas tomber dans l’excès et  à respecter tout un chacun.

Ce n’est pas le rôle d’un sizenier ou d’un CP de laver ou de donner à manger. Son rôle sera plutôt celui de grand frère, de copain, de celui qui encourage.

Oui, cela lui permet de vivre les activités scoutes avec ses capacités et ses limites. Non, dans la mesure où le respect de ses limites entraîne des adaptations qui demandent un effort.

Il est bien sûr souhaitable que le scout en situation de handicap puisse, au bout d’un certain temps, se sentir comme un enfant "ordinaire". Il est important qu’il parvienne à se voir comme un enfant qui a ses capacités et ses limites comme tout le monde.
Si on met toujours l’accent sur son handicap lors des activités, ce sera difficile. Il faudrait, autant que possible, que les activités soient un défi et un moyen de découverte pour lui au même titre que pour les autres. On doit aussi le laisser faire et le laisser se débrouiller, tout en évitant de mettre la barre trop haut. 

Mais cela ne signifie pas nier sa déficience. Il s’agit de respecter justement ses capacités et ses limites qui sont, en partie, différentes de celles des autres enfants. Le traiter avec la même spontanéité et mettre l’accent sur ses capacités comme pour tous les enfants, tout en adaptant les activités là où c’est nécessaire. 

Par exemple, rien de tel que de proposer des petits jeux où ce sont les autres qui se retrouvent en situation de handicap.

Les enfants en situation de handicap ont souvent eu moins d’occasions pour expérimenter la vie de groupe. Parfois, ils ont été surprotégés par leurs familles. Au moment où la soif d’aventure, le désir d’indépendance et de reconnaissance se réveillent dans tout jeune, l’enfant en situation de handicap sera confronté à la dépendance à autrui et aux regards de pitié ou  de curiosité. 

Les valeurs telles que la beauté, la santé et la performance priment dans notre société. Souvent, l’enfant handicapé est renvoyé à une image de lui-même qui ne correspond pas à ces "idéaux". Son estime de soi peut être affectée.   

Il a dès lors besoin d’être acteur d’expériences où il a du succès et qui lui permettent d’être reconnu et de s’affirmer. 

De par ses valeurs et son mode de vie, le scoutisme offre à tout enfant un espace différent de la vie en commun. Un des objectifs éducatifs pour l’enfant en situation de handicap est sûrement de lui faire expérimenter ses capacités, ses talents et ses limites en sa qualité de jeune tout court. Sans que son handicap soit mis à l’avant plan - mais sans non plus le nier.

Faut-il toujours quelqu’un d’extérieur au staff pour accompagner ton scout ?
Tout dépend de l’autonomie du jeune et de la capacité de ton staff de le soutenir.

Accueillir une personne en plus dans le groupe débouche sur la question de sa place et de son rôle : par les autres scouts et animateurs, est-elle considérée comme animateur et donc responsable ou simplement accompagnateur (mais alors ne joue pas, ne prépare pas, n’encadre pas le groupe, etc.) ? Si elle est présente, ne te décharges-tu pas de ton rôle envers ce jeune ? Ne défavorises-tu pas votre relation ?

La bonne idée serait de demander à cet accompagnateur de venir aux premières réunions. Cela vous rassurera et tout le monde prendra ses marques. Les rencontres s’effectuent alors dans un temps défini.

Mais il est peut-être intéressant de demander à un accompagnateur de vous seconder au camp ou au hike : pour les moments des repas, de la toilette, du lever ou du coucher. Ces situations peuvent demander plus de temps au jeune et doivent être prises en considération dans leur entièreté pour le rassurer et lui donner pleinement confiance. Un intendant ? Le grand cousin du scout ? Un ancien animateur de ton unité ?

Après les réunions d’essai, il est important de faire un état des lieux avec tous les acteurs du projet :

  • avec l’enfant ;
  • avec les autres animateurs ;
  • avec les parents.

Il ne s’agit pas d’une évaluation à proprement parler. Il s’agit d’écouter le vécu, le ressenti de chacun des acteurs. Tout le monde expliquera comment il a vécu ces débuts d’intégration. On peut y exprimer ses joies comme ses difficultés. Après cette rencontre, une décision pourra être prise en conséquence.

Que cela soit dans ton staff ou ton unité, vous n’êtes pas obligés d’intégrer. Une intégration n’est jamais une obligation mais doit rester un choix. Cela ne se décide pas à la légère. Accueillir un enfant sans en être convaincu ou pire, à contre-cœur, ne peut mener qu’à l’échec. L’intégration sera réalisée de façon réfléchie et volontaire, en connaissance de cause.

Le staff a le droit :

  • de dire non s'il ne se sent pas prêt ;
  • de dire stop si la charge est devenue trop lourde pour l’ensemble de la section.

Les seules conditions consistent à :

  1. Faire le point : avec le staff, le jeune et ses parents, le conseil d’unité et l’ensemble de la section. 
  2. Demander de l’aide : une personne "experte" pourra peut-être vous donner des pistes pour sortir de l’impasse dans laquelle vous êtes.
  3. Oser dire stop : il est plus sain pour tout le monde mais surtout pour le jeune concerné de mettre fin à une vie de groupe qui lui est défavorable. L’orienter vers une autre unité est une possibilité. Car un échec dans un groupe n’est pas forcément précurseur d’un échec dans un autre groupe.
  4. Jouer la carte du dialogue et de la franchise : les choses doivent être dites clairement à tous. Les raisons de l’impossibilité de continuer l’intégration, les choses qui ont été tentées, les échecs auxquels le staff se trouve confronté… Tout doit être dit et expliqué à la fois aux parents, au jeune concerné mais aussi à la section. En matière d’intégration d’une personne différente, il est de notre devoir d’éducateur de veiller à ce qu’il n’y ait pas de tabou.
  5. Prévenir le 21 pour que la demande soit transmise à une autre unité qui pourra peut-être accueillir l’enfant.

Des outils à télécharger

  • Conseils et informations sur les différentes déficiences
  • Kit TU 09 : L'intégration d'un jeune handicapé dans l'unité
  • Ca se discoute 101
  • Sachem 200
  • Carnet de bord de l'intégration