Animer aux États-Unis

Romain raconte son Erasmus scout dans le Vermont.

Parti pour six mois dans le Vermont, aux USA., j’en ai profité pour rejoindre la troupe 658 de Winooski. Les Boy Scouts of America portent bien leur nom : seuls les garçons y sont les bienvenus et ce jusqu’à 21 ans. Par contre, le staff comptait des membres féminins et masculins. Comme eux, j’ai dû suivre une formation pour intégrer l’équipe. Un entrainement à suivre sur Internet, dont la majeure partie concernait la protection des mineurs et le risque d’abus : tu peux être avec un autre animateur et un scout, ou bien deux scouts, mais pas seul avec un scout. Quitte à l’abandonner au fond des bois. La peur de l’abus est présente chez nous également, mais était davantage ancrée dans leur esprit. La formation ne m’a appris aucun outil d’animation. Était-ce lié à l’âge des animateurs ? Tous étaient parents d’un ou plusieurs scouts. Du haut de mes 24 ans, certains ont cru que j’étais un scout qui tardait à passer son eagle, l’ultime grade qui clôt le parcours du scout. Ce malentendu m’aura valu, entre autres, ce moment gênant lors duquel un animateur a attendu à l’extérieur des sanitaires que je finisse mes affaires avant d’y aller à son tour.

Activités scoutes à l’américaine

La section que j’ai rejointe était celle des 12-18 ans, comparable à nos éclaireurs. L’unité comportait deux autres sections : les 8-12 et les 18-21 ans. Chaque dimanche soir, nous nous retrouvions par section dans le gymnase de l’école secondaire du coin. Quand il ne s’agissait pas d’une cérémonie ou d’un autre évènement traditionnel mené en grande pompe, ma section débriefait simplement les activités menées durant la semaine écoulée. À noter que les scouts faisaient preuve d’une grande autonomie et menaient parfois ces activités seuls, renvoyant les animateurs à un rôle d’encadrement. Des exemples de ces occupations, menées après l’école ou le weekend donc : services rendus à la communauté ; formation pour gagner un des nombreux badges et donnée notamment par les authentiques pompiers de la ville ; vente de popcorns et cacahuètes - les cookies, ce sont les Guides ! - avec véritable catalogue de vente et marketing à l’effigie des scouts sur les produits ; journée ski ou hike selon la saison, organisée de A à Z par un scout ; souper avec les vétérans de la région ; suite et fin du projet eagle d’un scout, qui pouvait consister à créer un nouveau parcours de rando dans un parc national proche… Comment conciliaient-ils cela avec leurs autres centres d’intérêts et obligations professionnelles ou scolaires ? Aucune idée. Pour ma part, je ne serai jamais parvenu à gérer cet agenda de ministre. Tout comme je ne serai jamais arrivé à la fin de The Boy Scout Handbook, véritable bible de l’éducation, de l’histoire et de la société version américaine, dont un exemplaire était à disposition de chacun.

Premier hike

Le petit plus : la remorque de matériels détenue par l’unité, aussi grande que celle pour transporter deux chevaux mais aménagée avec étagères et bacs de rangement. C’était la mode là-bas, apparemment. J’ai participé à un week-end de printemps où étaient invitées toutes les unités de mon district. Cela faisait environs 25 unités, en sachant que le Vermont comptait trois autres districts. Chaque unité a débarqué dans le champ avec sa remorque personnalisée et en a sorti son nécessaire de survie : des tentes style Quechua 2-3 personnes et des anciens sacs de couchage militaires pour tous, l’accessoire indispensable qu’étaient les chaises de camping, une tonnelle et taques au gaz pour l’intendance… Mais surtout, des malles de patrouille qui, une fois montées sur pieds, se transformaient en de véritables dinettes équipées.

En route pour le camp !

Cerise sur le gâteau avant mon retour : le camp ! Il s’est déroulé au Hidden Valley Scout Camp, dans le New Hampshire, l’État d’à côté. Vous vous souvenez de la première partie du film À nous quatre ? Bah voilà, c’était cela, avec le lac, la cantine et même le coup de trompette matinal dans le haut-parleur. Un domaine professionnellement dévoué au scoutisme et accueillant chaque semaine durant l’été une vingtaine d’unités différentes : énorme cantine avec cuisine industrielle, sanitaires dans un bâtiment en dur, campement par unité autour d’un feu avec deux lits de camp par tente style mini SNJ. Et bien sûr, électricité et Wi-Fi, mais uniquement pour les chefs. Mention également pour la malle anti-ours où tout le monde devait mettre sa nourriture, chocolat belge en priorité.

Chaque matin, les scouts suivaient des formations de qualité pour tenter, sur la durée du camp, d’ajouter deux ou trois badges supplémentaires à leur collection. L’après-midi, différentes activités étaient proposées, allant du kayak au tir à l’arc en passant par du quad. Pas besoin de penser au matos, de cuisiner ou d’animer. Tout était pris en charge par les organisateurs salariés et animateurs bénévoles du camp. Votre staff servait juste à encadrer et prendre les photos. Mais ces « vacances de luxe » avaient un prix. Comptez $500 par enfant, pour 7 jours de camp. Une anecdote ? Leur stupéfaction quand ils m’ont vu fourrer le drapeau belge dans mon sac. Ils me l’ont pris des mains afin de bien le replier, en triangle. Je me devais d’être plus respectueux de mon pays, à l’image de leur patriotisme américain. Une autre ? La file d’attente avant chaque repas pour recevoir un peu de gel antibactérien sans rinçage pour les mains.

De quoi faire réfléchir

Assis dans mon avion, ma chemise et autres souvenirs scouts bourrés dans ma valise, je repense à l’expérience vécue : les moments de partage, les visages qui me manqueront et surtout l’accueil et la gentillesse témoignés à mon égard. Puis je songe à mon unité belge, à la confiance accordée à de jeunes animateurs, à l’ouverture à tous les genres et toutes les confessions religieuses ou philosophiques, à la tradition de s’appeler par les totems et, surtout, aux tentes montées sur pilotis dans une vulgaire prairie. Des éléments qui, lors de ma présentation de notre mouvement, m’auront permis de frimer tant devant les Boy Scouts of America que leurs parents animateurs. Mais des éléments qui m’auront surtout, et avant tout, manqué.

Romain, de la 23e unité Namur-Orneau (Bouge)

 

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